Une kyrielle de raisons m'ont incité à créer cette page spéciale "vaincre mon cancer". D'abord cette page va m'aider à donner de façon régulière des nouvelles à mon entourage. Je souhaite aussi faire découvrir le cancer du testicule et sensibiliser les jeunes à cette maladie. De plus, cette page sera une peu un journal personel, dans lequel je pourrai exterioriser mes sentiments et décrire le déroulement de cette épreuve en détail. Enfin, j'espère que cette page aidera d'autres malades, en tant qu'exemple concret et source d'information.
Je me fixe comme objectif de raconter mon histoire avec transparence, sincérité et sans tabou. Il m'est important de relater tous les moments forts tels que je les ai vécus.
Les dernières nouvelles se trouvent en bas de page (mise à jour : 3/08 @ 19h15)
Pour toute remarque ou question :

© Pierre, 2005. S'il vous plaît, ne copiez pas ce texte sans mon autorisation. Merci !

 

Mercredi 20 à Jeudi 21 : LE JOUR LE PLUS LONG (mis en ligne le lundi 25 @ 23h30)

Je ne sais pas vous, mais moi il y a des moments où j'ai l'impression de vivre dans une autre dimension, où l'espace temps est différent. C'était par exemple le cas chaque semaine, le vendredi de 17h à 18h, en cours d'espagnol lors ma terminale S. Les 55 minutes de ce cours duraient une eternité.
Les 24h qui m'ont mené de mercredi 20 à 21h jusqu'au lendemain jeudi était de cette même trempe : 24h, c'est parfois court, mais là ça a été horriblement long...
Nous sommes donc mercredi 20 juillet, une journée qui commençait comme toutes les autres. A 10h rendez-vous à la plage avec les autres athlètes du pôle pour une séance de natation en mer, puis chill out session au soleil. On discute de tout et de rien avec les copains, les copines des copains et les entraîneurs. L'après-midi je regarde le Tour de France. La soirée se profile, après le dîner avec ma petite amie Janina (on est ensemble depuis 4ans, et habitons ensemble depuis 3 1/2 ans) je prends une douche pour me rafraîchir. A la sortie de la douche en touchant mon testicule droit je sens quelquechose que je qualifierai de "vraiment pas normal". Le pôle inférieur de mon testicule droit est à la palpation dur, d'un aspect boursoufflé et irrégulier : c'est assez impressionant au toucher. Là je m'inquiète tout de suite, ayant lu quelques années auparavant le livre "Il n'y a pas que le vélo dans la vie", dans lequel Lance Armstrong raconte son cancer du testicule. Je demande tout de suite à Janina de toucher, et elle aussi est très inquiète. Nous essayons tant bien que mal de regarder un film, mais dans ma tête tout est flou, je tergiverse. Finalement j'arrête de regarder le film et allume mon PC pour faire quelques recherches sur Internet. Je tape sur google le mots "cancer AND testicule". Les premiers éléments que je trouve ne me rassure pas du tout. Vers 23h30 nous allons nous coucher. Mais impossible de trouver le sommeil. A 00h30 je retourne devant mon PC et continue mes lectures sur le cancer du testicule jusqu'à 2h. Je décide que demain dès la première il me faudra prendre les choses en main et voir un médecin. J'ai la chance de bien connaître Vincent Grémeaux, qui est chef de clinique au service de rééducation fonctionnelle à l'hopitâl Lapeyronnie. Il pourra certainement me prendre dès 9h le lendemain. Il y a aussi Olivier Coste, le médecin du Pôle France qui pourra me voir. Vers 3h30 environ j'arrive enfin à m'endormir. Je me lève à 7h30. Petit déjeuner. J'envoie un texto à mon entraîneur Philippe Fattori pour lui dire que je ne viendrai pas courir comme convenu à 8h30. A 8h pile j'appelle Olivier Coste. Pas de chance il est parti toute la journée à Mende me dit mon interlocutrice. J'appelle donc Vincent. Je tombe sur son répondeur. Je lui dit de me rappeler d'urgence. A 8h45, je n'ai toujours pas de nouvelles. J'appelle donc mon entraîneur Philippe pour lui expliquer ce qu'il m'arrive. Mais l'émotion monte et j'ai tôt fait de pleurer. Je passe donc mon téléphone à Janina pour qu'elle puisse lui expliquer. Une fois l'émotion un peu remontée, je reprends Fifi. Il me rassure, et trouve les mots justes. Ile me dit d'aller tout de suite voir un généraliste, n'importe lequel, et me dit que pendant ce temps il appelerait Vincent et sa copine Isabelle, qui travaille aussi à Lapeyronnie. Je m'en vais donc chercher un généraliste. Le 1er chez qui je me rends consulte dans l'immeuble en face. Pas de chance : un mot indique que le cabinet est exceptionnellement fermé ce jeudi 21. Janina et moi nous rendons à la pharmacie pour qu'on nous indique un autre généraliste dans le quartier. Nous y arrivons à 9h30, il n'ouvre qu'à 10h. Encore 30 minutes qui durent une éternité. Heureusement, nous sommes les 1ers.
Consultation. Auscultation de mes testicules. Le médecin se veut rassurant. Il me dit : "Non je pense qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Vous n'avez pas pris de coup ?".
"Non"
"Mais vous êtes sûr que vous n'avez pas ça depuis longtemps ?"
"Non"
"A mon avis ce ne sont que des varices. Ca doit être là depuis longtemps".
Je lui répète que non, et exprime une nouvelle fois mes doutes. Mais pour lui, rien de grave.
"On ne va pas vous les couper !!" me lance dit-il.
Je le regarde d'un air à la fois glacé, sévère et dubitatif, histoire de lui faire comprendre qu'il vient de dire une grosse connerie. Là il se sent mal à l'aise et dit :
"C'est juste une blague. Rassurez-vous vous n'avez rien. Je vous prescris quand même une échographie, juste pour vérifier".
Je règle les 20 euros, content de partir, avec ma presciption en poche. Retour à l'appartement j'appelle de tout de suite la clinique la plus proche pour demander un rendez-vous pour une échographie testiculaire, en précisant qu'il s'agit d'une urgence. "Il y a de la place ce matin si vous voulez" me dit-on. "J'arrive".
10h30 je suis avec Janina et le radiologue, qui commence l'échographie. Je regarde l'écran. Je vois apparaître distinctement des masses noires sur mon testicules. Le docteur multiplie les clichés, mesure la taille de ces masses. Dans ma tête je me dis : "Purée ça y est c'est bien ce que tu craignais". L'exploration échographique dure vraiment longtemps. Je pense alors que c'est assez grave. Le radiologue ne dit rien, ce qui m'agace. Mais bon, je sais que son boulot, c'est de prendre des images, pas de les interpréter. Alors que je pense que c'est la fin, il commence à promener la sonde sur mon abdomen. Je regarde Janina très inquiet. Là ça doit être vraiment grave. "Il doit chercher si il y a des ganglions infectés" me dit la voix dans ma tête. Cette fois ci c'est la fin de l'examen. "Vous avez 4 nodules de taille 4, 6, 14 et 16mm. Il vous faut consulter un urologue".
"Un urologue ? Mais où ?"
"Il y en a ici, mais c'est à vous de prendre le rendez-vous."
Nous rentrons à la maison. Je suis assez abattu. Un coup c'est moi qui pleure, un coup c'est Janina. Chacun son tour. Quand l'un n'est pas bien, c'est l'autre qui le réconforte, puis on inverse les rôles. J'ai besoin de me changer l'esprit. Il est presque midi et il y a entraînement de natation. Parfait. Je laisse le numéro de tél. de Fifi à Janina et m'en vais nager. Lorsque je reviens à l'appartement à 14h, ma journée est déjà organisée : Janina est allée chercher à l'hopitâl une ordonnance de Vincent pour faire des prises de sang avec marqueurs tumoraux, et Vincent m'a obtenu un rendez-vous avec un confrère urologue de l'hopitâl, Dr Thuret, qui est chef de clinique. Super !! Janina, Vincent et Fifi ont vraiment assuré ! J'ai vraiment de la chance de les avoir.
Il est donc 14h, je fonce au labo pour les analyses. 14h30, retour à l'appartement, Janina m'a préparé un bon repas. Encore quelques moments difficiles. Je tourne et je tourne en rond dans l'appartement. J'ai déjà fait plein de trucs aujourd'hui, mais le temps ne passe pas assez vite je trouve. Enfin, 16h45, l'heure d'aller à l'hopitâl voir l'urologue. Nous entrons dans le bureau du Dr Thuret, et je commence à lui raconter ce qu'il m'arrive. Il m'écoute attentivement, puis m'explique les différentes possibilités qui s'offrent à moi. Puis il m'ausculte et regarde les clichés de l'échographie. Retour au bureau.
"Bon, il n'y a en fait qu'une seule possibilité : on va t'opérer dès la semaine prochaine. Tu as un cancer du testicule droit".
Ouf. Ca y est, le mot est tombé. Pas vraiment un choc sur le moment, car dès les premiers instants où j'ai senti ces anomalies j'ai pensé à cette maladie. Maintenant le diagnostic est établi.
En fait, pas tout à fait, car ce n'est qu'une fois que les tumeurs seront enlevées et analysées qu'on pourra dire qu'il s'agit d'un cancer. Mais bon, des tumeurs bénignes au testicule, ça n'existe presque que dans les rêves.
Le Dr Thuret m'explique concrètement ce qui va se passer et toutes les choses à mettre en place. Il nous faut attendre les résultats des marqueurs tumoraux pour en savoir plus, et puis bien sûr passer un scanner pour vérifier si le cancer s'est propagé dans le reste du corps. Il faudra aussi que j'aille au CECOS pour congeler et mettre de côté des spermatozoïdes, au cas où. N'avoir qu'un seul testicule ne changera rien, ni au niveau hormonal ni pour la procréation. Il s'agit juste de prendre ses précautions. On ne sait jamais ce qui peut arriver pendant l'intervention, ou si la chimiothérapie fait des dégats, ou tout simplement si je m'explose le testicule qui me reste dans un accident de vélo dans 3 ans..! J'appréhende assez ce moment là. Surtout le 2ème prélèvement, qui doit avoir lieu 2 jours avant l'opération. Mais avant d'aller au CECOS il faudra faire des analyses virologique pour vérifier que je n'ai pas le SIDA et autre MST.
Avec toutes mes recherches sur Internet, j'ai presque l'impression de déjà tout savoir.

(en dessous ajouté le mardi 26 @ 23h)

Je me souviens, quand Armstrong a eu son cancer, que je me disais : "Bon sang c'est pas possible d'avoir un cancer à 24 ans !! Pas possible. Tu as un cancer quand tu bois comme un trou ou quand tu fumes comme un pompier !". Maintenant c'est sur moi que c'est tombé. Lors de mes recherches je me suis rendu compte que le cancer du testicule est le cancer le plus courant chez le jeune de 15 à 35 ans. Ca peut tomber sur n'importe qui. La faute à pas de chance.

Il est 18h30, et je ressens vraiment le besoin d'en parler à mes amis les plus proches. J'appelle Cédric Primault, mais je tombe sur sa messagerie. Je raccroche. Cédric Lequéré m'appelle pour passer chez Guillaume Primault, je lui dis que j'arrive, comptant bien leur annoncer la mauvaise nouvelle. Sur le chemin je cherche en vain à joindre Benjamin Pernet. Je contacte aussi Laurent Vidal, j'ai très envie de le voir. Ces gars là sont extraordinaires. Tous très différents, mais tous géniaux. Lolo ne peut pas venir, car il doit manger avec son père. J'insiste en lui disant que c'est très important. Il s'inquiète et me demande ce qu'il se passe, je lui réponds que je ne peux pas lui en parler au téléphone comme ça. J'arrive chez Guigui avec Lucky (Cédric Lequéré) qui me voit avec une enveloppe qui contient des clichés radiologiques. "Pierro t'as pas une fracture de fatigue au moins ??"
Chez un sportif assidu, la blessure est une chose commune. On est sans cesse retardé dans notre préparation par une tendinite ou une entorse. C'est un peu la contrepartie de pousser son corps au maximum de ses limites. Cette année, c'est une aponévrosite plantaire qui me tracasse depuis le mois de mai. Pour simplifier, disons que je n'ai pas pu courir du tout depuis 2 mois.
"Non, non, pas de fracture de fatigue, rassure-toi".
Nous entrons chez Guigui. Mon Lolo finalement débarque, il avait senti que c'était très important.
"Bon les gars, j'ai un gros problème de santé : j'ai un cancer du testicule. Voici les clichés".
Ca c'est la façon "boucherie" d'annoncer la nouvelle : lacher tout d'un coup. Pour public averti seulement.
Une fois ces 2 phrases lachées je recraque. Mes copains sont retournés, ils n'en reviennent pas.
Nous discutons de tout ce qui va se passer, puis je retourne à l'appartement car Janina est toute seule. Benjamin me rappelle, je lui demande de passer boire l'apéro.
10 minutes plus tard il est là et je lui annonce la nouvelle. Réaction identique aux précédents.
Benjamin est un fan de Lance Armstrong. 10 jours auparavant, alors que j'étais en vacances en Hollande, je passe devant un magasin qui vend les bracelets jaunes LIVESTRONG, l'association caritative de Lance au profit de la lutte contre le cancer. Je me dis alors : "Tiens, je vais acheter quelques bracelets à Benny, ça lui fera plaisir". J'entre et demande 3 bracelets. Cela coûte 3 euros. J'ai un billet de 10. J'en demande alors 7 autres, me disant que c'est pour la bonne cause, et que je trouverai sûrement des gens à qui ça fera plaisir. Moi, Lance Armstrong, c'est pas mon "truc" : il y a trop d'aspects chez lui qui m'inquiètent ou qui m'énervent.

Il est maintenant 21h, tant de choses ce sont passées depuis hier. Hier, j'étais tranquille, aucun soucis, sur la plage à m'entraîner. Aujourd'hui, j'ai un cancer.
Je me rends avec Janina chez mon coach Fifi pour y passer la fin de soirée.
Retour à la maison, et là, bonne, vraiment bonne nuit de sommeil.

 

Vendredi 22 : MAIS OU EST MON PLANNING ??? (ajouté le mardi 26 @ 23h)

Un athlète, et ça s'aggrave si il pratique au haut niveau, a vraiment un côté commissaire au plan communiste : il compte tout, analyse tout, fait des plans et prévoit tout. Tout ceci a un but bien précis : optimiser sa préparation sportive. Cette plannification a lieu à différents niveaux : sur plusieurs années, sur plusieurs mois, sur plusieurs semaines, sur plusieurs jours. Plus le découpage du temps est court, plus de choses précises sont plannifiées. Par exemple un sportif avisé est capable de vous dire précisemment quelle sera sa journée dans 2 semaines : au niveau de ses entraînements bien sûr, mais aussi au niveau de sa vie professionnelle et familiale. Les plus sérieux sont même capables de vous dire ce qu'il vont manger et à quelle heure.
En 2001, l'année où j'ai été Champion de France Junior de triathlon et du duathlon, nous avions établi avec mon entraîneur Eric Monnet un programme prévisionnel sportif et professionnel allant jusqu'en 2008. Pour chacune des 8 années à venir nous nous étions fixés des objectifs en triathlon et dans mes études. C'était très important pour savoir quelles seraient les années clé et pour déterminer les moments où il faudra mettre l'accent sur les études ou sur le triathlon. Ceci est donc un exemple de macro-plannification. Au niveau micro, ça donne mon planning de la semaine qui est affiché sur mon frigo. Sur ce planning se trouve tous mes entraînements de la semaine et l'heure à laquelle ils auront lieu, le détail des séances et les niveaux d'intensité. Il y a aussi mes différents rendez-vous : rdv kiné ou préparateur mental. Et bien sûr il y a mes cours (bon cette année cette case n'était pas très remplie !).
Ce qui me tracasse le plus aujourd'hui est le manque de perspectives claires en ce qui concerne mon futur proche : ne pas savoir ce qu'il va se passer la semaine prochaine ou dans 3 mois. Je ne sais pas quand aura lieu mon opération, je ne sais pas combien de temps après je pourrai m'entraîner, je ne sais pas quels traiatements je vais avoir et combien de temps ça va durer, je ne sais pas si ça va me déranger pour les cours, je ne sais pas quels objectifs sportifs je peux plannifier. Tout ça me pèse vraiment. J'aime tout savoir et tout prévoir. Je sais que certaines personnes ne sont pas du tout comme ça et laissent une grande place à l'improvisation et la spontanéité, mais moi... c'est pas mon fort. Je veux mon planning !!!

Cette idée m'a taraudé à peu près toute la journée. Bien sûr ça ne m'a pas empêché d'aller nager à midi, et de rejoindre des amis à la plage en fin d'après-midi. A cette occasion j'ai parlé de mon cancer à mon ami Bertrand Boulc'h. Une fois de plus ça a été un peu difficile.
La plupart du temps je suis très joyeux, très optimiste, et j'arrive à bien rigoler. Je vous laisse imaginer les blagues qu'on peut faire à quelqu'un qui va avoir un testicule en moins... Bon ce genre de blague, il n'y a que moi ou ma copine qui peut le faire, c'est clair, mais ensemble j'arrive à bien en rire. Je sais que c'est un sujet sérieux et que certaines personnes peuvent mal le voir. En tous cas ça me permet de dédramatiser.

A 19h j'ai appelé l'urologue qui s'occupe de moi pour que nos fixions la marche à suivre pour la semaine prochaine. J'ai rendez-vous lundi pour faire des prises de sang virologiques, puis rendez vous en radiologie pour une échographie et un scanner bassin poumon thorax, pour finir nous fixerons une date pour mon opération.
Lundi sera donc une grande journée pour moi, car le scanner permettra de savoir si le cancer s'est propagé dans mon corps ou si il est localisé (pour l'instant) dans mon testicule droit. Bon ça, c'est déjà un début de planning. C'est une bonne chose. Par contre le Dr Thuret a évoqué cette fois-ci "vendredi ou lundi" pour la date d'opération. Sur le coup je n'ai pas vraiment réagit, mais lundi... non, franchement je ne pourrai pas attendre lundi et passer un week end de plus avec le cancer dans moi.
Avoir le cancer dans soi. C'est très bizarre. Ce qui est perturbant, c'est que je suis en pleine santé physique. Je ne souffre pas, je ne suis pas fatigué. Niveau mental je suis au top aussi. C'est vraiment dur de me dire que je suis malade. Gravement malade même. Je n'arrive pas à réaliser. Bon quand je palpe mon testicule ce n'est pas normal, mais sinon tout va bien. D'un autre côté, avoir les tumeurs malignes dans mon corps sans que je puisse faire quelquechose, c'est énervant. Bien souvent je n'y pense pas, mais quand j'y pense je ne supporte pas d'avoir à l'idée que j'ai le malin dans mon corps qui veut me bouffer de l'intérieur. Quand je vais me coucher : je me dis : "Putain, j'ai les tumeurs dans moi". Je n'ai qu'une envie : qu'on me coupe le testicule le plus vite possible et qu'on me sorte tout ça !!

Ma famille. Depuis hier je pense beaucoup à ma famille. J'ai très envie de leur dire ce qu'il m'arrive. Mais je n'ai vraiment pas envie de les inquiéter inutilement. En plus à cause de moi je vais gâcher leur week end, et j'avoue que je culpabilise un peu. Je décide d'attendre lundi, pour leur épargner le week end (ça me permettra aussi d'avoir plus d'éléments à leur communiquer). Je suis assez anxieux à l'idée de leur en parler. Mon plus jeune frère Fred est en Grèce pour le Champ d'Europe de triathlon junior, je n'ai pas envie de la perturber. Et puis je ne suis pas très "complice" avec mes parents, surtout avec mon père. En fait, ce n'est pas que je ne suis pas très complice, c'est juste qu'il y a certaines choses dont nous ne parlons pas. Par exemple avec mon père on ne parle pas de sexualité, ou de nos sentiments en général. Personnellement ça ne me dérange pas et je préfère que ce soit comme ça. Pour moi des parents doivent être des parents, et pas des copains. Je sais qu'il y a des gens qui parlent de tout avec leur parents, de leurs sentiments voire de leurs relations sexuelles etc... Alors oui, j'angoisse à l'idée de dire que j'ai un cancer du testicule et qu'on va "m'en couper une". Aujourd'hui même si je ne suis pas parfait je suis fier de la personne que je suis et je le dois à mes parents. J'ai eu une super éducation et une enfance très heureuse, tout comme mes frères, mes parents sont extraordinaires. Plus tard, j'aimerai être comme eux (bon ok y'a 2/3 trucs que je changerai, mais dans l'idée oui comme eux). Quoi qu'il en soit, j'ai tout le week end pour me préparer à leur annoncer la nouvelle.

Pour terminer la journée, Janina et moi avons regardé le soir un thriller japonais : "Oodishon (audition)", qui était vraiment bien (bon ok ça n'a rien à voir avec le cancer mais j'avais juste envie de dire que ce film est bien ;-) ). Excellente nuit.

 

Samedi 23 et dimanche 24 : NICO UN MEC EN OR, SELF CONFIDENCE, et LA VIE CONTINUE (ajouté le dimanche 31 @ 18h15)

Ce samedi j'ai appelé celui qui va devenir mon Guide vers la guérison : Nicolas Granger. J'ai rencontré Nicolas pour la 1ère fois en 1998 ou 1999, lors d'un entraînement natation qu'il avait partagé avec les Enfants du Rhône, à Valence. Ce gars n'est pas un nageur, c'est un "purée de nageur" : pour vous dire il va aussi vite en 4n que moi en crawl. Nico a été Champion de France de 200m 4n en 1984 et 1985. En 1991 il a été victime d'un cancer du testicule, il était agé de 24ans. En 1994 il revient sur le devant de la scène en remportant 2 médailles d'argent sur 200m 4n et 400m 4n. Il bat tous ses records. Aujourd'hui il nage encore et entraîne de nombreux nageurs et triathlètes.
J'ai souvent croisé Nico sur les triathlons de la région Dauphiné Savoie. L'année dernière j'ai eu l'occasion de pas mal discuter avec lui, à l'occasion du Championnat de France et de la Coupe de France des Clubs, courses sur lesquelles il accompagnait sa petite amie. J'aimais bien parler avec lui de mon point faible la natation, et beaucoup des problèmes de dopage car nous avons le même point de vue sur ce sujet. Nico est une montagne (de muscles déjà!) de gentillesse et de sérénité, il est très réfléchi et très "zen", c'est vraiment agréable de discuter avec lui. J'étais un peu au courant des épreuves qu'il avait traversé et je trouvais qu'il avait vraiment un "truc en plus", quelquechose que personne n'a.
Quand jeudi soir je me suis aperçu que mon testicule n'était pas normal, et que j'ai pensé que j'avais peut être un cancer, j'ai tout de suite pensé à Nicolas. Mon entraîneur Philippe le connaissait aussi et m'a conseillé de l'appeler, chose que j'avais déjà prévu de faire.
Samedi j'appelle donc : "Salut Nicolas, c'est Pierre Dorez au téléphone. Voilà je t'appelle car j'ai un problème de santé, et je sais que tu vas m'aider". Quand je raccroche 45 minutes plus tard, je me dis : "Avec Nico, plus rien ne peut t'arriver".
C'est vraiment difficile de m'exprimer et les mots ne sont pas assez grands pour dire combien Nicolas est exceptionnel et combien il m'a apporté. C'est un mec en or.

Ce samedi a été une superbe journée. Après avoir eu Nico au tél. je me suis senti indestructible, j'étais très gai et je rigolais bien. Le soir je suis allé avec Laurent Vidal, Guillaume Primault et Cyril Moreau au festival Electromind (www.electromind.fr). Il y avait 5 scènes, plus de 30 DJ de toutes les tendances de la musique eletronique. J'ai passé une superbe soirée, on s'est tous régalé.
J'étais très heureux, car samedi a été une journée "normale", comme avant quoi !

Dimanche a été assez semblable à samedi. Je dors jusqu'à tard le matin, et l'après-midi je pars rouler avec Lolo. On a fait 2h allure 1. Pour la 1ère fois, je vais rouler sans objectif. Je n'ai rien à l'esprit, je ne me dis pas "il faut que tu fasses attention au placement de ton bassin", "dans la bosse de Charleville il faudra être costaud", "il faut que je prévoie un 39 pour Embrun", "t'emmènes trop gros"... bref tout le genre de trucs auxquels je pense tout le temps. Là je suis sur mon spad et je me fais plaisir. Je pense à ce moment là que les gens qui ne roulent qu'occasionnellement et qui ne font pas de compétition doivent avoir le même genre de plaisir que celui que j'éprouve. Je m'étonne moi-même : "Tiens c'est possible de faire du vélo juste pour son bien être!". Attention, je ne dis pas que je ne prenais jamais de plaisir à rouler, je dis simplement que le plaisir n'était pas la motivation 1ère de mes entraînements, du moins pas à vélo. Habituellement j'allais rouler dans un ou plusieurs buts bien précis : m'améliorer dans tel ou tel domaine, et tant mieux si je prenais du plaisir sinon... tant pis. De retour à la maison je suis content : on avait fait un peu plus de 2h, je ne m'étais pas embêté une seule minute, et je m'étais vraiment fait plaisir.

Aujourd'hui je suis aussi vraiment confiant en moi, en ma capacité à accepter ma maladie et à lutter contre elle. Mais c'est plus que de la confiance, c'est de la certitude. Je me sens si fort, si sûr de moi, c'en est incroyable. Je me sens comme au jour où j'ai été Champion de France Junior en 2001. Le matin de cette course je m'étais reveillé (j'avais pourtant dormi dans une voiture) et je sentais que rien ne pouvait m'arriver et que j'étais "obligé" de gagner : ce n'était pas possible autrement. Je suis allé voir mon coach Eric Monnet et je lui ai dit : "Eric, aujourd'hui je vais gagner. Je le sais." Jamais depuis ce jour je n'avais eu cette sensation de confiance inébranlable, jusqu'à aujourd'hui dimanche 24 : "Je sais que c'est moi qui aura le dernier mot face au cancer".

Un truc me gène quand même : depuis vendredi j'ai mal aux tétons. Pas vraiment mal, mais c'est assez suffisemment sensible pour que je le sente, presque toute la journée. C'est pénible car des fois je suis heureux, je ne pense pas à mon cancer, puis le mal au téton me rappelle que j'ai la maladie dans moi. Sur Internet je lis que c'est la betaHCG, une hormone sécrétée par les tumeurs, qui est responsable de ça.

 

Lundi 25 : LUNDI APPORTE SON LOT DE BONNES NOUVELLES (mis à jour mercredi 3 août @ 19h15)

Depuis jeudi dernier je n'en pouvais plus d'attendre lundi, journée durant laquelle est prévue un scanner et d'autres échographies. Je voulais attendre ces examens pour annoncer la nouvelle à mes parents. Nicolas m'avait en effet conseillé d'attendre d'avoir le maximum d'informations, d'autant plus que le scanner devait à priori annoncer de bonnes nouvelles.
Je me réveille donc très heureux d'être enfin lundi. Une grosse journée m'attend : entraînement natation à midi, puis toute l'après-midi à l'hopitâl.
Après avoir nagé je me rends donc à Lapeyronnie avec Janina, il est 13h30. A 13h50 je fais mes prises de sang pour le CECOS : il s'agit de vérifier que je ne suis pas séropositif ou que je ne suis pas atteint de maladie sexuellement transmissibles (hépatites, syphilis, etc...). A 14h30 je me rends au service de radiologie pour refaire une échographie et un scanner. C'est le "big boss" du service qui réalise l'écho en compagnie du chef de clinique. Je suis un peu inquiet, car maintenant j'ai 5 nodules (contre 4 jeudi) et le plus gros fait 21mm (contre 16mm jeudi). On m'explique que c'est normal : les cellules se divisent et se divisent, la taille du nodule augmente donc vite.
Les 2 médecins savent que je fais du triathlon à haut niveau et ils me posent pas mal de questions sur mon sport. A un moment le professeur me demande :
"Mais tu te dopes ?"
"Bien sûr que non, quelle quesion !!"

"Même pas un peu ?"
"Non !"
"Mais t'as déjà pris des trucs pour aller plus vite ??"
Je lui répète que non, et me lance dans diverses explications pour tenter de lui faire comprendre que le triathlon est relativement épargné par les probèmes de dopage. Je pense que j'ai réussi.
Ensuite, direction scanner. On me place une perfusion dans le bras (pour ensuite injecter de l'iode) : pour la première fois je me sens comme un malade. En effet j'ai la vision des malades qui déambulent dans l'hopitâl en trimballant leur perf'. Il y a des blessés urgent qui doivent passer avant moi, alors j'attends près de 45' tout seul dans une pièce. J'envoie un SMS à ma copine pour lui dire de ne pas s'inquiéter. Enfin c'est mon tour. On m'injecte l'iode. Le scanner se met en marche. Ca dure une petite dizaine de minutes. Une fois le scanner arrêté on me demande de rester couché. Au moins 5 minutes passent... je commence à m'inquiéter. Je me dis qu'ils vont peut être m'annoncer une mauvaise nouvelle. Je demande si je peux au moins changer de position. On me réponds que je peux remettre les bras le long du corps mais on me demande aussi d'attendre car il se pourrait qu'ils aient à refaire des image... "Eh merde" me dis-je. Mais non ! C'est bon ! Le professeur me dit qu'il n'y a rien et m'invite à voir les images. Il me montre sur son écran mon corps en tranches du bassin au épaules : aucune métastase et aucun ganglion lymphatique suspicieux. Ouf..! Je rejoins enfin ma copine et lui annonce la nouvelle. Elle est super heureuse !! Elle me dit : "Mais c'est super !! Tu n'es pas plus content que ça ??!"
"Je m'y attendais un peu. Puis on va quand même me couper un testicule. Oui content, mais bon pas de quoi sauter de joie non plus."
Mais au fond de moi je suis super heureux car c'est un super élément pour quand je vais annoncer la nouvelle à ma famille. Je suis vraiment soulagé pour ça. Je croise ensuite l'urologue qui s'occupe de moi. Il me dit que c'est très positif et me dit qu'il a eu les résultats de 2 marqueurs tumoraux : LDH est un peu au dessus de la norme (441 pour une norme comprise entre 210 et 420) et AFP a une valeur normale. Encore 2 bonnes nouvelles. Il me dit qu'il m'appelle demain pour fixer une date pour l'opération. Là, je lui dis :
"Non, franchement, je voudrais vraiment qu'on fasse ça aujourd'hui dans votre bureau plutôt que demain par téléphone"
"D'accord, montons à mon service". Janina et moi le suivons et nous entrons dans son bureau. Il prend son cahier.
"Bon on fixe ça à mardi de la semaine prochaine : le 2 août". Je m'attendais un peu à ça... et l'idée de rester encore un week end chez moi avec mes tumeurs m'était insupportable.
"Non, impossible... Franchement je ne pourrai pas tenir un week end de plus avec la maladie dans moi. Il faut vraiment m'opérer Vendredi au plus tard". Nicolas m'avait dit que parfois il ne fallait pas hésiter à insister... Et il avait raison :
"Hmm..." Il regarde le planning. La cadre infirmière dit :
"De toute façon ce n'est pas possible : nous n'avons pas de lit !!" Je réponds :
"Tant pis vous m'opérez vendredi matin et je rentre vendredi soir chez moi. Mais je n'attends pas mardi."
"C'est vrai qu'il faudrait l'opérer vendredi."
"Si vous voulez, mais alors il faudra que des patients sortent"
"J'en fais mon affaire. Allez, nous fixons l'opération à ce vendredi matin."
L'infirmière m'explique ensuite le déroulement de ma journée de vendredi. Il me faudra arriver à 6h30. Je serai le 1er de la journée à être opéré par Mr Thuret.
Je sors du bureau vraiment soulagé, et content d'avoir suivi les conseils de Nico et d'avoir fait un peu le "lourd" auprès du médecin. Je sais qu'ils sont très occupés, et que malgré tout je ne suis qu'un parmi tant d'autres. Ca doit être délicat à gérer.
Je passe vers 17h30 voir Vincent Grémaux pour lui annoncer ces bonnes nouvelles. Olivier Coste arrive en même temps. Nous discutons un petit quart d'heure.
Il est à présent 18h et Janina et moi quittons l'hopitâl. Zut j'ai oublié mon rdv à 18h avec mon kiné Yann. C'est sur la route, je vais m'arrêter pour lui annoncer ce qu'il m'arrive.
A 19h je suis chez moi. J'appelle mon père, puis mon frère Sylvain, ma mère et enfin mon frère Frédéric. A 23h j'ai fini de prévenir ma famille et les gens les plus proches de moi.

 

Mardi 26 et mercredi 27 : TOUT VA BIEN ! (ajouté le 3 août @ 19h15)

Aujourd'hui, je veux passer une journée "normale". A 8h10 je pars rouler et retrouve quelques uns de mes partenaires d'entraînement à 8h30. J'en profite pour leur annoncer ma maladie. Hier j'avais en effet décider que je le ferai ce matin. J'ai très envie de leur dire, seulement les conditions ne sont pas favorables : nous sommes au bord d'une route et il y a pas mal de voitures qui passent... Tant pis je me lance. En même tant que je m'explique, j'ai trop honte de le faire comme ça au bord d'une route. Franchement je suis trop bête des fois. Mais ça me démangeait tellement de le dire que c'est sorti. Tout le monde est un peu abasourdi par la nouvelle. Frank Bignet me dit tout de suite qu'il est confiant en ma guérison et qu'il sera présent à mes côtés. Les filles ont l'air très choquées et restent assez silencieuses. Nous commençons notre sortie vélo, et je discute beaucoup avec Frank.
A midi, direction la piscine pour un bon entraînement natation. Je m'approche de Stéphanie Gros (notre entraîneur nat !) et Delphine Pelletier pour leur annoncer la nouvelle, seulement j'hésite un peu et Delphine plonge déjà dans l'eau. Zut. J'attends que tout le monde nage pour dire à Steph ce qu'il m'arrive. Puis je file dans l'eau.
Retour à la maison et petit repas sur le pouce. J'ai hâte d'allumer mon ordinateur pour voir si j'ai déjà reçu des mails au sujet de ma maladie. Je lance Outlook Express... boum !!!! 60 mails !!! Dont 3 ou 4 junk mails seulement. Waouh quel effet c'est fantastique !! Des mails de toute la France, et même de Belgique, des DOM TOM, d'Italie. Voir tous ces mots d'encouragement et de soutien fait monter en moi une vague (plutôt "lame de fond" !) d'émotion et je craque. Franchement, voir tous ces gens qui pensent à moi, c'est incroyable. Quand en plus j'ai un mail d'un bon copain, d'une vieille connaissance avec qui j'ai un peu perdu le contact, ou un mail en provenance de Valence, là c'est le summum. Je reçois aussi des messages de gens qui me sont tout à fait inconnus mais qui sont impressionants de coeur et qui trouvent des mots insensés et encensants de joie de vivre et de courage.
Je commence à répondre à tous mes mails, et à écrire mon "journal" : cela m'a pris toute la fin d'après-midi et le début de soirée.
Le soir j'ai reçu des textos de mon frère Sylvain qui m'ont sacrément remué. Ce mauvais épisode me rapproche de lui comme lorsque nous étions jeunes enfants.

Mercredi. 1 semaine déjà que je me suis rendu compte de mon testicule "anormal". Là, j'ai l'impression que le temps est passé super vite. Je pars à l'entraînement natation en eaux-vives, comme tous les mercredis : plage ! En y arrivant j'ai reçu un appel de Gérard Honnorat qui m'a beaucoup touché. Bon, c'est pas tout mais t'es venu là pour t'entraîner !! Depuis que je sais que je suis malade, j'ai pris l'habitude d'arriver un peu en retard à l'entraînement. Au début c'était pour ne pas avoir à discuter avec les gens et me mettrent directement à l'eau, mais maintenant, je n'ai aucune raison d'agir de la sorte. Au fond de moi je me dis : "C'est bon t'es malade t'as le droit d'arriver en retard", mais il y a aussi la voix qui dit : "Bon, soit tu fais ton malade et tu restes chez toi, soit t'as envie de venir t'entraîner et t'arrives à l'heure !!!". J'ai parfois l'impression de profiter de ma "condition" de malade, et ça me dégoûte un peu d'être comme ça. En même temps c'est normal. Tout est vraiment paradoxal. J'avoue aussi que des fois j'en joue : "C'est Moi le malade, alors c'est Moi qui décide", mais c'est toujours sur le ton de la rigolade.
Donc je me mets finalement à l'eau. Après l'échauffement, je jette un coup d'oeil à Janina que je distingue en train de discuter avec un gars sur la plage. Je n'arrive pas à voir qui c'est, juste qu'il a vraiment l'air très athlètique. Normal idiot !!! C'est mon frère Frédéric !! Je suis trop heureux de le retrouver ! Je savais qu'il viendrait ce mercredi, mais je pensais le soir. Génial, il va nager avec nous. A la fin de l'entraînement il y a un exercice à faire par équipe de 2 : on se met ensemble. Nous partons "contre" Lolo et Bertrand. L'exercice est de nager de façon progressive (all.1 à all.2+) jusqu'à la bouée des 300m. Bien sûr, ça part très fort (au moins all.2) !! Et ça finit encore plus fort. Mon frère et moi remportons finalement le défi. Je suis trop heureux qu'il soit enfin là. Car ça fait 1 semaine que j'ai vraiment vraiment envie de voir mes frères et là j'en ai un "sous la main" avec qui je peux m'amuser. Picnic sur la plage avec Janina et mon frère, et Lolo qui nous regarde manger : lui il a une Coupe du Monde ce week end, alors il ne peut pas se gaver avec un Panini.
Mon frère m'annonce une super nouvelle : mon père va venir !! Chaque fois que je l'ai eu au téléphone, il ne m'avait pas dit : "Je viens" ou "Je vais essayer de venir". De mon côté, je ne le lui avais pas demandé, car il était en vacances en Normandie, et je savais que ce serait difficile pour lui de venir. Mais au fond de moi, je savais à 300% qu'il viendrait (ce qui était aussi une raison pour ne pas lui demander si il viendrait !!). J'en étais tellement sûr que la veille j'avais dit à Janina : "Je te parie ce que tu veux que mon père vient". Elle a répondu : "Je ne parie, je le pense aussi". Bon, c'est une super nouvelle, car ça veut dire que je vais voir toute ma famille avant l'opération, étant donné que ma mère arrive cet après-midi, et mon frère Sylvain (et sa copine) demain soir.
En fin d'après-midi je retrouve ma mère. Je lui montre tous les mails que j'ai reçu. Je réponds à ceux que j'ai reçu dans la journée. Enfin, comme c'est "moi" le malade, je décide que ce soir nous mangeons des crêpes. Nous passons une super soirée.

Depuis quelques jours, je n'arrête pas de faire des lapsus... En temps normal, je dirai que ça m'arrive 1 fois maximum par semaine (et encore). Là, c'est au moins tous les jours. Mon cerveau doit être sacrément perturbé. Voici ceux dont je me souviens :
Merci pour votre soucis (soutien - à l'écrit)
Bon courage pour le vélo (boulot - à l'écrit)
Je suis allé à un cancer (concert - à l'oral, 2 fois)
On nage dans le cheval ? (chenal - à l'oral)
Le cancer ne s'est pas propagé dans mon coeur (corps - à l'écrit)
Poney a fait du Cyril ? (Cyril a fait du poney ? - à l'oral)
Je suis ouvert à toute tentative d'interpretation... même si certains paraissent évidents !

 

Jeudi 28 : 1ère JOURNEE DIFFICILE (ajouté le 3 août @ 19h15)

Nous sommes jeudi et la pression monte : c'est demain que je serai opéré. Pour changer j'ai passé une mauvaise nuit et je me suis endormi très tard. C'est donc vers 10h30 et fatigué que je me lève. Je prends mon petit déjeuner et allume mon téléphone. Dr Thuret doit m'appeler pour que je passe au CECOS (centre d'expérimentation et de conservation du sperme) cet après-midi. J'ai prévu d'y aller avec ma copine. J'ai un message. C'est le CECOS : ils veulent absolument que je vienne ce matin. Voilà, ça commence mal. Ma chérie est en effet déjà parti nager. Il va me falloir y aller tout seul. En plus il faut que je me dépêche. Je prépare mon sac de natation pour pouvoir ensuite directement filer à la piscine. Je sors : merde le scooter n'est pas là. Ma copine l'a pris pour aller à la piscine. Décidemment il n'y a rien qui va, je suis trop énervé. Je prends les doubles de clé du scoot', je file en vélo la piscine, je chipe le 2 roues motorisé. J'arrive au CECOS à 11h33. Et là : gros gros coup au moral. Ce n'est pas du tout comment je l'avais imaginé. J'y passe une terrible 1/2h qui m'a laissé de mauvais souvenirs. J'avais en mémoire les passages du livre de Lance Armstrong, et bien là c'est encore pire. Le coup au moral est d'autant plus grand que je ne m'attendais pas à passer un si mauvais moment. Pour me rassurer j'avais même idéalisé la situation (à posteriori c'était une sacrée erreur : la prochaine fois je m'imaginerai le pire). Je me disais que j'arriverai dans une superbe pièce toute blanche, avec une lumière agréable, des posters sexy aux murs style pubs Aubade, que de toutes façons je serai avec celle que j'aime etc... Et là j'arrive dans une vieille chambre d'hopital avec de vieilles toilettes, ambiance sordide et glauque... Bon courage. En plus je me dis qu'il y a des milliers de gars qui sont passés par là. Bon courage. Pour les curieux pas de magazines et encore moins de télé. On a beau se dire qu'on fait ça pour le futur ("pour ne pas se fermer de porte dans le futur" comme m'a dit Nico) eh bien... bon courage (oui ça fait 3 fois bon courage). Je m'en sors comme je peux et m'enfuie au plus vite de cet endroit où je ne souhaite à personne de devoir aller. Je suis vraiment bouleversé. Je rallume mon portable et j'ai reçu un texto de Nico à 11h35 (2 minutes après avoir éteint mon téléphone). Dans ce message il me prévient que le CECOS va être un mauvais moment à passer, mais de penser au futur. Finalement peut être que j'ai bien fait de ne pas recevoir ce texto avant, ça aurait pu me faire angoisser alors que j'arrivais ici l'esprit serein. Je fonce, je fonce droit à la piscine pour oublier tout ça.
Après l'entraînement je rentre chez moi, encore un peu énervé. Mais voir mon père et apprendre l'épisode du "vol de scooter" me calment vite fait. Ma copine en ne voyant plus le scooter, a tout de suite pensé à un vol (bien qu'il y ait mon vélo juste à côté - mais elle pensait qu'on s'était raté de peu dans les vestiaires). Elle a donc prévenu la sécurité de la psicine et ils lui ont montré les bandes vidéos des caméras qui surveillent le parking 2 roues. Et là elle m'a vu apparaître en vélo, faire l'échange contre le scooter en repartir. Eclats de rire. Nous avons ensuite passé l'après-midi avec ma copine, mon frère Fred, ma mère et mon père. Mes parents sont séparés et ça fait bizarre de les voir ensemble. Le soir restaurant. Je commence à bien stresser pour demain, mais parviens à parfaitement cacher cet état nerveux à ma famille. Je ne veux pas les voir stresser non plus. Ce soir il faut que je mange assez léger, mais il faut aussi que je me fasse plaisir : je parle de mon "dernier" repas. Il est maintenant 22h et je veux me coucher. Seulement mon frère Sylvain n'est pas encore arrivé : un camion a brûlé sur l'autoroute et il est coincé dans les bouchons. Je voulais le voir avant l'opération. Comptant sur sa présence demain matin, je décide d'aller me coucher et d'essayer de passer une bonne nuit pour arriver en forme à l'hôpital. Je suis très heureux qu'il arrive ce soir. Il travaille et il a du prendre 2 jours de congés pour venir me voir. Comme j'ai peur d'avoir du mal à m'endormir, je prends 2 Stylnox (je m'étais auparavant renseigné pour savoir si je pouvais). 20 minutes après, je suis complètement balayé par l'effet de ce médicament !! C'est la 1ère fois que j'en prends... et j'en ai sûrement pris un de trop !! En tous cas ce n'est pas désagréable et je m'endors sans problème.

 

Vendredi 28 : OPERATION : TOUT VA BIEN ! (ajouté le dimanche 31 @ 18h15)

Aujourd'hui nous sommes Vendredi, jour de mon opération. On va m'enlever le testicule droit, et me mettre une prothèse en silicone. Les nodules seront ensuite analysés et dans le milieu de la semaine prochaine je saurai quel type de tumeur j'ai et donc quel traitement on va m'administrer (radiothérapie ou chimiothérapie).
Il est 6h 30 et j'arrive à l'hopital, en compagnie de ma copine Janina, mon père, ma mère mon frère Sylvain et sa copine. Les couloirs sont déserts, tout est silencieux. Nous nous rendons au service d'urologie. Il y a déjà entre 5 et 8 infirmiers ou aide-soignants. Je me présente, et on m'explique ce qu'il va se passer. On me demande si je me suis rasé, je réponds oui, et je ressens du soulagement chez eux (chez moi aussi !). Un aide-soignant me guide à ma chambre pour y mettre mes affaires. Je suis à la 92/93, et 93, c'est mon "numéro". Il y a déjà un vieil homme dans la chambre. J'essaie d'être le plus discret possible. Je dois ensuite prendre une douche à la bétadine, pour tuer tous les microbes sur mon corps. Je me lave ainsi pendant près de 10 minutes. Je ne me sens vraiment pas bien et je reste longtemps sous la douche pour pouvoir pleurer tranquillement. Je me sèche et enfile une espèce de robe d'opération. Je tâche de retrouver le sourire pour le moment où je vais croiser ma famille dans le couloir : je ne veux surtout pas qu'ils me voient triste et commencent à s'inquiéter. Ils sont tous dans la salle d'attente. J'y entre d'un pas et balance en montrant ma tenue : « Ah c'est pas du Christian Lacroix !! » et ça les a fait rire. Défi réussi donc. Je retourne à ma chambre. Je ne veux pas me coucher.
Je ne sais pas où j'ai lu ou entendu ça, mais quand j'étais gosse j'ai une fois retenu que nos défunts Rois de France ne dormaient jamais en position couchée, car c'était les morts qui étaient dans cette position. Je m'assois donc sur une chaise, quelqu'un vient me prendre ma tension. Puis j'attends tout seul comme un c… Finalement quelqu'un vient me dire que je peux rester avec ma famille. Je file donc les rejoindre.
Mais quelques minutes à peine passent et le brancardier vient me chercher. Une infirmière me donne un morceau de sucre sur lequel elle met un liquide, c'est un tranquillisant. Le brancardier me demande de me coucher sur le lit. Je lui réponds que je peux très bien aller au bloc en marchant. Je peux même y aller en courant !! Il me dit que c'est « comme ça qu'on fait » et que de toute façon après l'opération je reviendrai dans ce même lit. Finalement je me plie à sa demande, et je monte sur le lit. Pas couché bien sûr, mais en tailleur. Les effets du tranquillisant commencent à se faire sentir, nous partons vers le bloc opératoire. Je me sens comme Aladin sur son tapis magique : j'ai l'impression de flotter entre le sol et le plafond, tout est silencieux. J'arrive dans le sas du bloc vers 7h20, ma mère et Janina sont aussi avec moi. Dans ce sas se trouvent tous les malades qui vont être opérés à peut près en même temps que moi, avec d'autres chirurgiens. Nous sommes 5. Je me sens bien et je discute bien. Certains malades sont par contre complètement KO. Les aides-soignants essaient de réveiller l'un d'entre eux, ils crient : « Mr V., réveillez-vous !!! », mais ils ont vraiment du mal ! Ca y est c'est à mon tour. Je fais un dernier bisou à ma mère et ma copine.
J'arrive dans le bloc opératoire. On me pose sur la table d'opération. Elle est super étroite : juste la largeur de mon corps. On place des accoudoirs de part et d'autre de la table pour que je puisse poser mes bras. Je dis aux infirmiers :
 « Je suis en 1 ère classe ! »
Il fait très froid dans la salle, on me met une super couverture chauffante. C'est un espèce de duvet en tissu super léger que l'on pose sur vous et dans lequel est insufflé de l'air chaud. Le duvet flotte donc sur vous.
On me place une perfusion. Une femme me prend la main et me caresse l'avant-bras. Ensuite je ne me souviens de rien. Il doit être presque 8h. Je ne me souviens pas avoir vu mon urologue.
Black-out.
Je pleure, je m'étouffe presque dans mes sanglots. Loin, très loin, j'entends une voix qui me dit : « Respire, respire c'est de l'oxygène. Respire à fond, prends l'oxygène dans tes poumons ». Je suis complètement bouleversé, je vois de la lumière, mes pleurs se calment, je me réveille doucement. Je suis dans la salle de réveil… Lentement ma conscience me revient. Ca y est tout se remet en place dans ma tête, je viens d'être opéré. Je jette un coup d'œil sous mon drap : pas de choc visuel, tout a l'air "comme avant" ! J'ai un pansement sur "l'ouverture" mais la plaie me semble vraiment petite. Je touche mon  "nouveau" testicule droit. Ca fait bizarre.
Une infirmière me demande si tout va bien, je lui dis que oui et nous commençons à discuter. Je lui raconte que je fais du triathlon etc... Elle est super gentille, et m'indique que je me suis réveillé vers 9h50. Il est 10h30 déjà. Je suis déjà prêt pour "remonter" à ma chambre. Il faut encore qu'un brancardier vienne me chercher. Un peu avant 11h je suis de retour à la 92/93, je retrouve avec joie ma famille. A 11h15 je me sens trop bien, dans mon corps et dans ma tête, je n'ai pas mal, je suis super euphorique (effet de l'oxygène ??!). Je veux quitter l'hopitâl !!

(en dessous ajouté le 3 août @ 19h15)

Je suis franchement à 2 doigts de me lever et de partir. Ma tante et mon oncle arrivent. Je suis trop content de les voir !!! Comme je me sens bien, j'en profite aussi pour appeler Nicolas. Il est vraiment heureux de m'entendre, et moi également. Il me conseille, me demande même, de rester cette nuit à l'hôpital. J'appelle ensuite Philippe pour lui dire que tout est OK. Vers la fin de notre conversation, l'émotion monte et monte quand je lui demande de dire à Lolo "qu'il faut qu'il fasse une bonne course et je vais penser beaucoup à lui", et j'ai du mal à finir ma phrase... (Philippe est à Manchester pour la Coupe du Monde de triathlon qui a lieu demain). Ma copine, mon père mon frère et sa copine sont très fatigués et partent manger un bout et se reposer à l'appartement. Ca vrai que pour eux ça a du être très long et très fatiguant. Moi, au mois, je dormais "pépére" pendant l'opération pendant que eux devaient bien stresser. Ma mère, ma tante et mon oncle partent aussi manger un petit bout. Je suis seul et j'en profite pour faire connaissance avec mon voisin de chambre, Mr G. Mr G. est un chic type. Lui, c'est un problème à la prostate qui l'a amené ici : ça fait déjà 12j qu'il est là. Nous discutons un peu. Ma mère, tante et oncle reviennent vers 12h30. On me sert un petit repas, je me force à manger pour prendre des forces, qui semblent me quitter à ce moment là. J'ai même un sacré coup de moins bien ! Ma mère s'inquiète un peu de me voir tout blanc. Mais rapidement tout va mieux. Je discute avec Dominique et Paul (tante et oncle donc !), je suis très heureux d'être avec eux, et voir le sourire de Domi me donne un max de pêche !! Je me sens mieux, néanmoins, je commence à avoir mal. C'est très bizarre car j'ai mal au testicule que je n'ai plus : l'impression qu'il est comprimé dans un étau. Ou alors la douleur qui suit un gros coup dans les parties intimes, vous savez cette douleur bien sourde qui dure assez longtemps. J'ai de plus en plus mal et ma mère demande à l'infirmière quelquechose pour me calmer la douleur. On m'ajoute une perfusion de perfalgan. Mais 1h plus tard la perf est complètement passée et j'ai encore plus mal, ça m'empêche de dormir moi qui voulais faire une petite sieste. L'infirmière me fait alors une piqûre de dolosal, qui doit être je pense un dérivé morphinique. Effet garanti moins de 10 minutes plas tard. Tout à coup j'ai la tête qui tourne un peu, je me sens trop bien, je n'ai plus mal. Le Dr Thuret passe rapidement vers 15h et m'explique que tout s'est bien passé ce matin. Je lui dis que la piqûre de dolosal est géniale il me répond :
"Profite bien : c'est gratuit !!"
Vers 15h30, je commence à avoir de la visite, beaucoup de visite !!! Frank Bignet et sa copine, les frères Primault, Bertand et sa copine arrivent tous en même temps !! Mr G est aussi content de "voir tant de jeunesse". Sa femme est avec lui. Je suis trop heureux de voir tous mes amis me rendre visite. Je leur raconte comment s'est passée ma journée. Frank m'a offert le DVD de Frank Dubosc "Romantique". J'avais vu ses 2 derniers spectacles avec lui. Je ne pourrai pas regarder le DVD ces jours à venir, car j'ai très mal aux abdos et je ne peux pas vraiment rire. En effet le Dr m'a incisé juste en dessous du maillot de bain, 3 cm au dessus du pli de l'aine, et l'aponévrose des abdos est coupé. Ca tire beaucoup dessus, et je dois faire attention aux mouvements qui sollicitent les abdos (c'est à dire beaucoup !!!). Nous discutons un long moment. Ils ont presque pas envie de partir !! Je leur demande quand même de me laisser, tout simplement car j'ai envie de faire pipi... et comme je ne peux pas me lever je dois uriner dans un "pistolet". C'est déjà mieux que d'avoir une sonde. Juste ensuite arrivent Lucky et sa copine. Je suis très content de voir Lucky ! Il vient de quitter son boulot et est en conséquence bien habillé. Je lui dis : "T'étais pas obligé de si bien t'habiller pour venir me voir !". Puis en fin d'après midi retour de Janina, mon père, ma mère et mon frère Sylvain et sa copine. Vers 19h c'est l'heure du repas. Hier soir au resto c'était "mon dernier repas", maintenat c'est "mon dernier repas" !! En ce qui me concerne c'est la 1ère fois que je suis hospitalisé, et ça me fait bizarre de manger dans un lit avec tout le monde qui me regarde. Mon repas est vraiment bon. Vers 20h tout le monde me quitte, et je me retrouve seul avec Mr G.
Note : j'ai beaucoup de mal à remettre dans l'ordre les éléments de cet après-midi... je pense que c'est à cause des médicaments, mais bon je pense ne rien avoir oublié !
(à suivre)